Jouant à chaque page sur des expériences visuelles et d’écriture inattendues et audacieuses, variant les techniques au gré des cases, la narration de ce récit est tout sauf prudente. Elle tient sur un fil fragile et il se serait fallu d’un rien pour que la sauce ne prenne pas. Mais la magie opère : l’écriture de Viken Berberian, allusive, confiante, souvent brute, nourrit un discours ambitieux qui se cache derrière sa drôlerie. Disséminé dans les pages comme un élément graphique à part entière, le texte s’intègre à merveille au feu d’artifice visuel de Kebbi.
Au-delà de la plasticité physique, charnelle, faite de traits de crayons colorés visibles, francs et assumés (à l’extrême opposé de ce que la bande dessinée pose généralement en norme), Kebbi a su créer des images chargées en codes, et donc faites pour être « lues ». Une proposition qui a ce qu’il faut pour réconcilier plasticiens et narrateurs. La clé d’une telle symbiose repose très certainement sur le temps : les auteurs, dans leurs remerciements, rappellent que l’album est issu de plusieurs années de travail, faites de multiples allers-retours. screen-shot-2017-01-05-at-7-16-42-pm

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